Charles Tillon se leva le 1er en juin 1940.
Posté par revoltes le 26 juin 2008
Charles Tillon lanca un appel à la résistance le 17 juin 1940, depuis le parc du moulineau à Gradignan. Peu connu du grand public, le PCF de Gironde depuis 2 ans, commémore cet appel à la résistance devant la maison où a été lancé l’appel. Voici les discours prononcé le 17 juin 2007 et le 17 juin 2008.
Celui de 2007, replace cet appel dans le contexte de l’époque, présente brièvement Charles Tillon, et rappelle que cet appel a été l’objet d’une triple négation.
C’est un appel lancé depuis le territoire national qui invite à la résistance « armée » sur le sol français de tous ceux qui refusent le «fascisme hitlérien », dans le droit fil de la stratégie du Front populaire pour laquelle le PCF s’était battu. Il se distingue aussi des deux autres appels connus à ce jour. Il se différencie de l’appel de Thorez et Duclos daté du 10 juillet 1940, qui est conforme à la ligne de la IIIème Internationale et qui réduit la guerre en cours, à un affrontement interimpérialiste, et qui ne permet pas de cerner la spécificité du phénomène fasciste. Il se distingue aussi de celui du général de Gaulle, qui lance son appel, depuis Londres, et qui demande aux Français présents en Angleterre de se rassembler autour de lui, et aux autres de le rejoindre.
Il faut rappeler, que cet appel a fait l’objet d’une triple négation. D’abord, de l’Etat français, qui préfère privilégier l’appel de De Gaulle, du 18 juin 1940. Du PCF lui-même, car si cet appel était reconnu, il « annulerait », celui de Duclos et Thorez. Et enfin de tous les anticommunistes, qui affirment que les communistes ne sont entrés en résistance qu’en juin 1941, lorsque le pacte germano-soviétique fut rompu. Derrière ce genre d’accusation, c’est le rapport même des communistes au peuple français de l’époque qui est remis en question, et leur engagement contre la montée du fascisme et pour l’Espagne républicaine. L’appel de Charles Tillon permet de lever toute ambiguïté. Il prouve que l’engagement des militants communistes s’est fait indépendamment des directives de la IIIème Internationale et qu’ils ont été nombreux à ne pas attendre la rupture du pacte germano-soviétique pour entrer dans une résistance armée.
Enfin cet appel, reçut un large écho puisqu’il fut encarté dans les journaux de la région et on en trouve des traces jusqu’à Saint Nazaire. De plus, Tillon donna des idées à deux autres communistes : Auguste Havez qui l’imita le 22 juin à Nantes et Georges Guingouin qui lanca son appel en août à Limoges.
Il est donc important pour les jeunes générations de savoir que face à l’agression fasciste des personnes on su s’organiser pour riposter. Il est aussi important pour nous communistes de travailler sur notre histoire, pour pouvoir construire notre présent et affronter notre avenir.
Je suis confiant car grâce à notre président de la République nouvellement élu, les commémorations et l’histoire sont à la mode. Nous devons nous en réjouir, car l’héritage de Mocquet ou de Tillon, n’appartient pas qu’au seul PCF, mais bien à toute la France. Mais nous devons rester attentif, pour que les souvenirs et l’héritage ne soient pas seulement récupérés dans un but politique, et qu’il n’y est pas de décalage entre les paroles et les actes.
Le disours du 17 juin 2008, fait le portrait de Charles Tillon
Nous sommes réunis aujourd’hui pour honorer la mémoire de ceux qui dès 1940, ont perçu le danger du fascisme et ont compris très tôt ce qui allait se passer. Nous sommes là aujourd’hui pour honorer la mémoire d’un homme, qui dès 1940, ne pouvait se résigner à ne rien faire et à attendre. L’année dernière, ici même, Georges nous avait rappelé le contexte dans lequel était plongé le PCF et ses militants dès 1939, surtout après le 27 septembre, jour où Edouard Daladier, président du conseil décida de dissoudre le PCF. Georges nous avait expliqué comment les militants communistes avaient commencé a résister, eux qui furent les premiers pourchassés et arrêtés par l’état français lui-même. Puis j’avais essayé de replacé le contexte dans lequel Charles Tillon rédigea son appel, la triple négation dont il avait fait l’objet (par la France, le PCF, et les anticommunistes) et sa portée de l’époque.
Aujourd’hui si vous le permettez, j’aimerai revenir brièvement pour ce 68ème anniversaire sur la biographie de cet homme atypique, courageux, révoltés et insoumis à toute forme d’autorité. Breton d’origine, né à Rennes le 3 juillet 1897, Charles est issu d’une famille d’ouvrier. Son père est traminot syndicaliste, et sa mère gérant d’un bistrot ouvrier. Ouvrier ajusteur à 16 ans, il rentre à l’arsenal en 1914, et adhère dit-il immédiatement à la CGT. Réformé deux ans plus tard, il s’engage en août 1916 pour 5 ans comme quartier maître sur le navire le Guichen. Mais en 1918, alors que l’armistice est signé, il est envoyé en mer noire, plus particulièrement à Odessa pour combattre la révolution russe. Avec 4 autres camarades, il ne se résout pas a aller mater un révolution et a jouer le contre-révolutionnaire. Il tient des réunions sur la bateau, convainc les marins un par un jusqu’au 26 juin 1919 ou une mutinerie éclate. Charles Tillon et André Marty en sont les principaux meneurs. Avec 23 autres marins, ils sont condamnés au bagne au Maroc, pour « incitation à la révolté et violence sans armes ». Ils effectueront la moitié de leur peine.
Libéré à l’été 1921, Charles Tillon apprend qu’il a été nommé membre d’office de l’Internationale communiste, avant même la création de la SFIC au congrès de Tours en 1920. Rentré en France, son parcours s’oriente vers le syndicalisme. Permanent et secrétaire de la CGTU en Ille et Vilaine, il joue un rôle en 1924, dans les grèves des sardinières de Douarmenez. En 33, il organise une marche sur Paris des chômeurs du Nord. Dans le même temps, il est élu membre du Comité Centrale en 31 et du bureau politique en 1933. Il s’oriente alors vers la politique. En 1935, il devient conseiller général d’Aubervilliers, puis en 36, député de la Seine. Il s’oppose alors à deux personnalités de la Seine Saint Denis, Pierre Laval, puis jacques Doriot qui après avoir été communiste, fut un démagogue, fasciste et antisémite. On le voit Charles Tillon n’aime pas la facilité, il combat toujours au côté des plus faibles s’engageant dans de nombreux combats politiques et syndicaux. Maintes fois emprisonné, pour ses idées au cours de ces années, il ne pouvait se résigner à l’injustice et à l’inégalité. Militant antifasciste, aimant l’action, il s’engagea naturellement au côté des nombreux républicains espagnols en 1938 au travers des brigades internationales. Il aida les derniers combattants républicains a évacué dans le port d’Alicante.
C’est pourquoi, Charles Tillon, ne pouvait se résoudre au mois de juin 40, à rester muet. Quand il écouta la radio et le discours de Pétain ici même dans ce moulin, après avoir mangé la délicieuse soupe de Mme Souques et une fois que les blanchisseuses s’éloignaient du moulin, qu’il décida de lancer son appel. Au moment même ou Laval et Pétain était en train de liquider la République à quelques kilomètres de là, Charles Tillon fut le premier a lancé un appel, appelant à combattre sur le sol français, le fascisme hitlérien. Il n’était pas nombreux à cette époque, à saisir ce qui se passé et à vouloir de suite rentrer en résistance. Cela doit nous donner un espoir. Parfois, nous communistes nous nageons à contre courant aussi dans notre époque : défense des services publics, alors que l’individualisme domine, nous soutenons les sans papiers alors que des dizaines de milliers d’hommes et de femmes sont expulsés chaque année, nous dénonçons le capitalisme et les salaires des grand patrons alors qu’il est plus facile de taper sur son voisin smicard, nous combattons pour une autre Europe alors qu’il est plus facile de s’abstenir au congrès de Versailles… Mais nous ne sommes pas seuls aujourd’hui dans ce combat et nous sommes de plus en plus nombreux. C’était aussi l’espoir de Tillon quand il rédigea cet appel le 17 juin 1940.
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